Accéder au contenu principal

Journée Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (JISTNA)

 LA RÉSILIENCE ET LE RÔLE DE LA JEUNESSE AVEC LE DÉVELOPPEMENT SUR LA JISTNA

Le 23 août 2025, Ouidah, haut lieu de mémoire de la traite négrière, accueillera la Journée Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (JISTNA). Sous le thème « Mémoire, résilience et avenir : honorer les victimes, construire pour demain », cette journée ne se limite pas à commémorer les souffrances passées. Elle invite à réfléchir sur la manière dont la mémoire peut devenir un levier de résilience, d’éducation et de construction d’un avenir commun. 

Dans ce mini-article, nous essayerons de mettre en exergue quelques points en rapport avec la Journée Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (JISTNA), principalement tous les éléments que nous inspire cet évènement tout en s’appuyant sur les écrits de différents auteurs africains et de l’UNESCO. 

D’abord, qu’est-ce que la JISTNA ?

    La JISTNA a été instaurée par l’UNESCO en 1998 afin de commémorer la date du 23 août 1791, qui marque le début de la révolte des esclaves de Saint-Domingue, événement historique ayant conduit à l’abolition de l’esclavage et à la création d’Haïti (Fouchard, 1972). L’UNESCO souligne que « la mémoire de la traite négrière et de l’esclavage doit être enseignée à tous, pour que de tels crimes ne se reproduisent jamais » (UNESCO, 2014).

Cette journée est célébrée mondialement par des colloques, des activités culturelles, artistiques et pédagogiques. L’historien Martin Klein rappelle que « l’esclavage ne concerne pas seulement les descendants de victimes : il a façonné l’histoire mondiale, l’économie et les mentalités » (Klein, 2010). Pour Françoise Vergès, « cette journée commémorative est une chance de rappeler que la mémoire n’est pas qu’un regard vers le passé, mais une exigence de justice dans le présent » (Vergès, 2006).

Où se déroule la JISTNA et pourquoi ?


Image 1 : la porte du non-retour de Ouidah 

Source : Africaho.bj

Le choix d’Ouidah pour la JISTNA 2025 n’est pas anodin. Cette ville fut l’un des ports négriers les plus actifs de la côte des Esclaves. La Porte du Non-Retour, inaugurée dans le cadre du projet « UNESCO La Route de l’Esclave en 1995 », est devenue un site emblématique de recueillement. Comme l’explique l’anthropologue Bado Ndoye : « Ouidah n’est pas seulement un lieu de départ, c’est aussi un lieu de retour symbolique, où la diaspora et l’Afrique se réconcilient par la mémoire » (Ndoye, 2018).

Au-delà de la commémoration, la JISTNA à Ouidah vise à créer un espace de dialogue intergénérationnel et interculturel. Elle relie la mémoire douloureuse à l’éducation patrimoniale et au développement local, notamment par le tourisme mémoriel et la valorisation des sites historiques.




Image 2 : JISTNA 2024, commémoration de l’abolition de la traite négrière 

Source : OUKOIKAN, Tout utile (site web).

Un devoir de transmission pour la communauté

    En effet la mémoire de la traite négrière est essentielle pour prévenir l’oubli et nourrir la conscience collective. Françoise Vergès rappelle que « nous vivons dans un monde marqué par un déni, une volonté d’oubli ou une mémoire sélective de l’esclavage » (Vergès, 2006). Notons que les enseignements, les musées, les récits de nos aînés et les arts sont autant de vecteurs permettant à la jeunesse de s’approprier cette histoire et d’en faire un outil de réflexion et d’action.

La JISTNA, une question de résilience et de reconstruction identitaire

    Cependant, malgré l’horreur de la traite, les peuples africains et afro-descendants ont développé une résilience remarquable. Joseph Ki-Zerbo soulignait que « l’histoire d’un peuple ne s’arrête pas aux coups qui lui sont portés ; elle se mesure à sa capacité de se relever » (Ki-Zerbo, 1972). Les héritages culturels, tels que la capoeira, le vaudou ou le jazz, témoignent de cette résistance.

 Aujourd’hui, la jeunesse africaine utilise ses propres outils — rap, slam, podcasts, arts numériques — pour faire vivre cette mémoire et en tirer fierté et force identitaire. Achille Mbembe ajoute : « La mémoire ne doit pas seulement être commémorée, elle doit être vivante, active, tournée vers l’avenir » (Mbembe, 2010).

Se souvenir est nécessaire, mais insuffisant. La jeunesse est appelée à transformer la mémoire en projet. L’éducation patrimoniale, les visites mémorielles et les projets interculturels permettent de transmettre les leçons du passé. Cheikh Anta Diop insistait : « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » (Diop, 1954).

La JISTNA encourage également le dialogue entre l’Afrique et sa diaspora. Chaque initiative culturelle, touristique ou éducative renforce les liens et transforme la mémoire en levier de paix, de justice et de développement durable.

Que doit-on retenir au final ??

La JISTNA 2025 à Ouidah n’est pas qu’un moment de recueillement. Elle est une invitation à agir : honorer les victimes, valoriser la résilience et préparer l’avenir. La jeunesse africaine, riche de créativité et d’énergie, devient la gardienne de la mémoire et l’architecte de demain. Comme le rappelle Vergès : « Résister à l’oubli, c’est ouvrir la voie à un monde plus juste » (Vergès, 2006).


SE SOUVENIR, C’EST RÉSISTER. RÉSISTER, C’EST CONSTRUIRE UN FUTUR PLUS HUMAIN, SOLIDAIRE ET PORTEUR D’ESPOIR.

Références bibliographiques 

  • Diop, C. A. (1954 ). Nations nègres et culture. Paris : Présence Africaine.
  • Fouchard, J. (1972). Les Marrons de la liberté. Port-au-Prince : Éditions Henri Deschamps.
  • Ki-Zerbo, J. (1972). Histoire de l’Afrique noire. Hier à demain. Paris: Hatier.
  • Klein, M. (1999). Slavery and Colonial Rule in Africa. Cambridge University Press.
  • Mbembe, A. (2010). Sortir de la grande nuit. Paris : La Découverte.
  • Ndoye, B. (2018). Mémoires en partage : Afrique et diaspora face à la traite négrière. Dakar : Codesria.
  • UNESCO (2014). La Route de l’esclave : L’UNESCO et la mémoire de l’esclavage. Paris : UNESCO.
  • Vergès, F. (2006). Mémoire enchaînée : questions sur l’esclavage. Paris : Albin Michel

Commentaires